15.05.2008

L'enseignement à tirer de la fréquentation du vieux con

Oui, c'est pas le tout de fréquenter des cons, faut que ça serve.

Moi j'ai un programme : apprendre à faire fuir les inconnus.

Objectif : rester au moins un an sans amis.

Note au passage : je n'ai jamais réussi, je rencontre toujours des gens et je dois être naturellement aimable. Donc les gens me trouvent sympa.

Alors que je ne le suis pas, merde, je suis chiante et je me crois supérieure aux autres.

Alors, le vieux con. Ceux dont je parle ont d'abord été aimables, peut-être parce qu'ils croyaient que j'étais comme eux? Enfin que je le serais, malgré mon étrangitude?  De toute façon, il faut d'abord ne pas être aimable.

Ne pas être aimable : comment faire?

C'est pas facile, car j'ai eu une éducation qui fait que d'abord je souris quand je rencontre quelqu'un (c'est réflexe : je suis contente de rencontrer quelqu'un, alors paf je souris), ensuite je parle avec une voix aimable et un peu aigue, (ah Oui? Ah vous aussi? Moi aussi j'ai deux enfants!!!), je m'intéresse aux gens (je suis curieuse) voire je dis (c'est quasi un réflexe) qu'on pourrait se revoir, hein, pourquoi pas?? Les gens disent oui, on prend nos tel et on se revoit.

Mais peut-être pas dans une grande ville.

Mais la communauté expat doit être toute petite.

Bon, quoiqu'il en soit. Les solutions :

  • Arrêter de  sourire? pas cool, j'ai le visage qui fatigue, ça va vraiment me donner une trop sale gueule.
  • La voix : alors là oui. Je sais que j'ai tendance à avoir une voix trop gentille et aigue. Je pourrais me taire plus, ça en reposerait certains, et parler en baissant la voix, et en contredisant mes interlocuteurs, qu'en général je laisse dire parce que je m'en fous : d'où vient qu'ils me trouvent sympa, alors qu'en fait je ne suis pas  d'accord avec eux, mais ça me fatigue de polémiquer.
  • Poser des questions aux gens : oui, et même plus. ça m'apprendra à ne pas me faire avoir. En particulier les gens qui prétendent avoir fait des tas de choses, il faut que je cherche à les coincer. La fréquentation de deux mythomanes m'a rendue prudente. Il suffit de poser des questions, et de réagir à la moindre incohérence.
  • Prendre le tel : oui et non. Certes, si on prend le tel de la personne, on sera amené à la revoir, ou elle risque elle aussi d'appeler... Alors, il faudra refuser toutes les soirées juste "entre copains" : on n'est pas copains : ça évitera d'être piégé dans des mondanités, et de revoir des gens qu'on n'a pas envie de voir, et aussi d'être grossier : ne pas rendre une invitation, moi ça me fait quelque chose. Donc, n'accepter que les sorties genre ciné ou expo, dans laquelle il y a un autre but que la rencontre, au moins on ne perd pas son temps totalement.

Etablir cette liste me donne l'impression de me fermer, j'aime pas.

La solution, ce serait peut-être d'être nature, et de dire des tas de conneries, pour faire fuir les gens trop conventionnels. c'est pas mal, mais ça fait venir les non-conventionnels, et ça peut aussi être pénible...

Dur d'être misanthrope. 

11.05.2008

Testé pour vous : le vieux con

Depuis peu j'expérimente en live direct et avec ô combien de stupéfaction la fréquentation du vieux con.

Il s'agit d'un singulier générique, au moins cinq vieux ou vieilles con(nes) m'entourent.

Je veux parler des autres résidents de mon immeuble. A l'exception de ma voisine, sur le même palier que moi, et que j'ai fui dans mon obsession antisociale, mais dont je dois reconnaîtree qu'elle est sympa, mon immeuble est un immeuble de vieux.

Et cette ville est une ville de facho. Des vrais fachos, un dictateur local est parti de là il y a 70 ans pour prendre le pouvoir. Ils sont de beaux restes.

Donc, de vieux fachos.

Ils n'aiment visiblement pas les jeunes, ni les étrangers. C'est vrai que c'est pas de bol pour eux.

Typologie :

  1. la pomponnée rose. Barbie XVIème, version Troisième âge. Pantalon, veste généralement dans les roses, de type Chanel, talons BCBG, maquillée, rutilante de bijoux,  avec unenette tendance kitch. Couleur favorite : rose.
  2. La pomponnée sobre. Plus sobre, plus m ode, moins kitch. Couleur favorite : rouge.
  3. Le vieux sérieux. Il a eu un poste important, il ne l'a plus mais il est toujours sérieux. Pantalon de costume, chemise ou polo, pull discret. Fait la gueule.
  4. Le vieux artiste. Délicat, raffiné, musicien, peintre, plus gracieux, mais tout de même effrayé par mon menaçant mètre soixante.

Au début, ils étaient tous aimables et très souriants. Maintenant ils font tous la gueule.

Je leur dis bonjour systématiquement, et non seulement bonjour, mais avec sourire et pleins de mots que je leur projette à la figure dans ma maitrise imparfaite de leur langue. Mon amabilité brouillonne les pétrifie. Avez-vous remarqué comme il est difficile, quand on veut être bien éduqué, de faire la gueule à quelqu'un qui vous parle en souriant et avec enthousiasme? 

En fait, cela fait déjà deux ans que j'utilise la suramabilité comme une arme : je trouve ça positif et assez jouissif : les gens sont toujours touchés quand on est aimable avec eux. ça permet de dériver l'agressivité sur autre chose, et quand on case une vacherie au milieu des trucs sympas, on a la joie de voir qu'ils ont du mal à comprendre que c'est une vacherie, ou alors ils comprennent, mais lentement, et réalisent alors qu'on se fout de leur gueule...

La vengeance est un plat qui se mange froid.... 

Mais parfois j'oublie d'être désagréable.

Alors ils gardent de moi un souvenir sympa.

Je me console en me disant qu'à défaut d'être méchante, je suis au moins hypocrite. 

 

09.05.2008

Encore un week end

Encore un. Pas facile, la misanthropie. J'ai encore des progrès à faire. Vu la proximité de notre départ, une maman d'enfants amis des miens m'a proposé d'emmener tout le monde dans un parc de loisir. Naturellement, je peux refuser. Le week end dernier, nous n'avons vu des gens que le soir. Mais j'ai du mal à infliger la solitude à mes enfants. Certes, moi même j'aime maintenant être seule ; mais je me souviens fort bien des longs ennuis de mon enfance, dans l'appartement de mes parents, à rêver, à fantasmer littéralement sur des amis hypothétiques que j'aurais pu avoir. Je me souviens de longs moments passés à regarder par la fenêtre, dans la cour de l'immeuble où je rêvais d'aller, et qui m'étais interdite.

Quand j'y pense, je me dis que la solitude seule imposée seule n'était pas responsable de mon ennui et de ce sentiment d'isolement. Je devais me sentir mal au sein de cette famille : pourtant, je me souviens que j'aimais mes parents, à l'époque. Je ne dis pas qu'il n'en est plus ainsi : mais maintenant, en plus, je les méprise et je leur en veux du monde étriqué que j'ai du briser pour être moi -même.

Voilà pourquoi je ne veux priver mes enfants. Je n'ose pas. En la matière, je perds tout jugement. Je suis si effrayée à l'idée d'en faire des sauvages tels que je l'étais que je ne refuse aucune activité sociale. Malgré ce blocage qui me prive de tout esprit critique, je ne pense pas qu'il y ait quoique ce soit de sauvage ou de timide en eux.

En contrepartie j'accueille les enfants la veille au soir. C'est parfait. J'adore les enfants à la maison. ça remue, ça pouffe, ça arrête de parler quand j'arrive, ça me répond poliment mais en souhaitant mon départ : parfait. Des enfants idéaux, invisibles, rigolards, courtoisement non conventionnels. Un peu de folie dans cette ville de facho.

(Du vrai facho, du tamponné : l'ai-je déjà dit? un dictateur de sinistre mémoire est parti d'ici conquérir le pays ; sa statue est en bas de la rue).